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05novembre
2012

« design? Beauté et fonction passées au crible » : la critique

Publié par : Pierre-Luc Gilbert
Design? Beauté et fonction passées au criblePour ceux qui sont dans le domaine du design graphique, la réputation de Frédéric Metz n’est pas à refaire. Il s’agit sans conteste d’un maître aux idées bien arrêtées, qui a toujours le désir d’émettre son opinion concernant ce qui est un bon ou un mauvais design.

Designer réputé, Metz est aussi conférencier, professeur associé à l’UQAM, membre fondateur du Centre de design et de l’École de mode.

Cet ouvrage aborde le design dans toutes ses formes : écodesign, design industriel, design de transport, design intérieur, design graphique, design d’exposition, design en mouvement, design multimédia, design interactif, design de paysage, design de mode, design événementiel, design culinaire et design global. Tout y passe.

Fidèle au titre de son livre « design? Beauté et fonction passées au crible », l’auteur s’interroge sur le sens du mot « design ». Il débute son livre en illustrant, à l’aide d’exemples percutants, à quel point ce mot est galvaudé, utilisé à toutes les sauces, souvent à tort et pose la question suivante : « Comment expliquer un tel engouement pour ce mot méconnu, usurpé, décliné? » Afin de clarifier le tout, Metz y va donc de sa propre définition du design.

Pour lui, « le design répond presque toujours à une commande. Le designer [...] résout un problème et procure au client une solution. Le résultat de son travail sera reproduit en série, que ce soit une affiche, un emballage, un livre, un système de signalisation ou encore un objet de consommation courante ». De plus, pour compléter sa définition, il ajoute que « dans un monde de design idéal, toutes les recherches devraient aboutir à une solution fonctionnelle, simple, logique et esthétique. La fonction est primordiale et doit absolument précéder la beauté ». Autrement dit, le côté pratique et utile de la chose doit passer invariablement avant l’aspect esthétique.

De prime abord, le livre est remarquablement bien conçu, à débuter par la couverture. Celle-ci possède une finition laminée veloutée matte, ce qui confère au bouquin une allure recherchée. Sa couleur orange fluo, sur laquelle est apposé un rond où on y a écrit « design? » en blanc sur noir, avec une police de caractère extra grasse, de type bâton (sans sérif), créent un contraste d’une efficacité impressionnante qui saura attirer les regards. Sa dimension est plutôt standard (20,5 cm X 25,5 cm), soit environ la taille d’un feuille de papier lettre. Ce qui est approprié quand on inclus des photos au contenu. L’épine est de la même couleur que la couverture. Elle attire l’attention lorsque le livre est rangé dans la bibliothèque. La quatrième de couverture elle, est composée d’un fond noir, d’un court résumé, d’une brève description de Frédéric Metz ainsi que d’une photo de celui-ci qui, faut-il le mentionner, occupe toute la portion de gauche.

La reliure est de type « dos carré collé ». Ce type de reliure très répandue, abordable, est généralement assez durable. Il faut cependant noter que si le livre est ouvert souvent, tel un ouvrage de référence, les pages auront tendance à décoller.

Le livre est imprimé sur du papier couché. La police de caractère utilisée est de type bâton, probablement du Arial ou du Helvetica. Pour la lisibilité, il s’agit du meilleur choix qui soit.

La mise en page est bien réalisée et sobre. La grille des débuts de chapitres est élégante, simple et efficace : double page, une photo couvre les trois-quarts de la gauche et il y a le texte en blanc sur fond noir dans le quart supplémentaire. La grille du contenu est pratiquement la même : double page, le texte dans le quart de droite, mais en noir sur blanc et en beaucoup plus petit (Ce sont des paragraphes de texte, quand même!), accompagné des photos et de leurs descriptions dans les trois-quarts restants. Le seul petit bémol que j’aurais à ajouter à ce propos serait au sujet des numéros liants les images aux descriptions. Dans la page de gauche, j’aurais préféré qu’ils soient positionnés du côté gauche, parce qu’il est un peu difficile de les apercevoir parfois. Ils tombent presque dans l’espace entre les deux pages.

Au niveau du contenu, l’argumentaire de Metz est presque toujours appuyé par une photo appropriée. Je dis presque, parce qu’il y a un moment, entre autre, où il raconte une histoire concernant l’image globale de la compagnie Crabtree & Evelyn mais il n’y a aucune image pour constater de visu ce qui est énoncé. Il a fallu que j’aille moi-même faire une petite recherche pour comprendre de quoi il était question.

Également, la recherche du contenu a été extrêmement bien réalisée. L’auteur, entouré de nombreux collaborateurs, nous fourni des dates précises, des noms de designer, des anecdotes, des photos, des images ainsi que des informations fortes à propos. D’ailleurs, à ce sujet, saviez-vous qu’une seule voiture, qu’elle quelle soit, avant même d’avoir roulé, a exigé pour sa fabrication environ 400 000 litres d’eau? Moi je l’ignorais. C’est le genre d’information d’intérêt général que j’aime savoir, question d’avoir un argument supplémentaire lorsqu’il faut que je défende mon choix de ne posséder qu’une seule voiture pour mon couple.

Lors de ma lecture, je dois avouer que je n’étais pas toujours d’accord avec Frédéric Metz. Je pense tout particulièrement à la page 201 où il y a la photo d’une douzaine d’ɶufs de poules en liberté. Il y fait la déclaration suivante : « On devient excessivement bavard. Sur beaucoup d’emballages, les informations se multiplient sans que nous n’en ayons absolument besoin. Après tout, un ɶuf est un ɶuf. » Pour des gens, comme moi, qui se soucient du bien être animal, il s’agit ici d’une information importante et non superflue.

L'ancien et le nouvel emballage du sel WindsorCe pendant, je dois dire que j’étais entièrement d’accord, à la page 193, concernant son affirmation sur le sel Windsor, que c’est « une des plus tristes modernisations d’un emballage mythique des années 1970 » et que « l’habillage actuel [...] est d’une formidable insignifiance ».

D’un point de vue personnel, j’ai trouvé ce livre très enrichissant. Je l’ai carrément dévoré. Il m’a éclairé sur certaines particularités du design dont j’ignorais l’existence. L’auteur réussi à convaincre par la justesse des ses propos et la pertinence de ses photos.

Ce livre est fort probablement un héritage que ce professeur de design a voulu laissé aux générations suivantes. Ce livre saura se tailler une place dans les ouvrages de références de tout bon graphiste ou designer digne de ce nom.



Metz, Frédéric. design? : Beauté et fonction passées au cribe, [s. l.], Flamarion Québec, 2012, 255 p.

ISBN 978-89077-451-3 

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